4 Pistes pour Recruter différemment
Article de Circuit Culture - 7 Juillet 2023 - Stéphanie Bot
Les coopératives et les négoces doivent s’adapter face à un marché de l’emploi tendu. Des changements sont donc à opérer ou s’opèrent déjà : rechercher des soft skills, déployer la marque employeur, revoir le management et s’intéresser à des profils hors de l’agriculture. Hugues Dumas et Fabien Vallaud, du cabinet de recrutement Synovivo, apportent leur vision du marché de l’emploi pour recruter différemment.
La distribution agricole connaît des difficultés de recrutement depuis plusieurs années, et bien avant la Covid-19. Aujourd’hui, il y a un nombre de candidats inférieur à l’attente du marché : ils ne sont pas assez nombreux, ils n’ont pas toujours envie de bouger et ils se posent la question : « Qu’est-ce que je veux ? » De plus en plus de candidats acceptent des baisses de salaire si le projet de l’entreprise les intéresse. « La valeur projet, quelle que soit la génération, est très importante, précise Hugues Dumas, CEO de Synovivo. De plus en plus de candidats viennent chercher du sens au projet et ce ne sont pas forcément des gens dogmatiques. Ils veulent être acteur du changement pour l’agriculture. Ils sont réellement pour la transition agroécologique. » Comment s’adapter pour les attirer ?
1 Des soft skills à rechercher
Les candidats sont peu disponibles et ils se posent des questions sur les challenges à relever. En face d’eux, il y a des employeurs qui vont chercher de l’expertise. « Il y a une attente forte de bon nombre d’employeurs à vouloir mettre l’expertise avant les soft skills, souligne Hugues Dumas. Plus on va se focaliser sur l’expertise, plus on va réduire son champ des possibles pour recruter. » Il conseille de chercher des profils qui ont des soft skills capables d’intégrer l’expertise déjà présente en interne, puis de mettre en œuvre un transfert de l’expertise.
En ce qui concerne le recrutement d’un technico-commercial, il ne faut pas croire que le recruter, c’est acheter une part de marché : « Quand on recrute un commercial, on n’achète pas de la part de marché, on recrute quelqu’un qui donne accès à de la part de marché », indique Hugues Dumas. Fabien Vallaud, consultant chez Synovivo, ajoute : « Généralement, pour remplacer un élément dans l’équipe, l’entreprise recherche la même personne avec les mêmes expertises. Chercher la même personne, c’est un réflexe humain, mais cela est rarement bénéfique pour l’efficacité des organisations. » L’idée est d’aller vers des soft skills, de l’attrait pour l’entreprise, de l’envie et de l’adhésion au projet, plutôt que d’avoir un « calque ».
2 Un renouvellement de la gouvernance des coopératives
« Des conseils d’administration de coopératives commencent à prendre des risques en évinçant des directeurs généraux en poste depuis quinze ans, évoque Hugues Dumas. C’est nouveau, car il y a des codes en coopératives. Elles ont un besoin de renouvellement de gouvernance. » Fini le jeu des chaises musicales à la tête des directions générales des coopératives ? Pas toujours, mais de nouveaux profils apparaissent. Des directeurs de coopératives ou de centrales d’achats viennent de l’industrie, de l’agrofournitures ou d’autres secteurs d’activité. « On a certains profils pure players du monde coopératif qui ont été directeurs généraux et qui n’arrivent plus à se repositionner au sein d’un comité de direction », souligne Hugues Dumas.
La performance des grosses structures coopératives reste pourtant très attractive. « Le monde des coopératives agricoles transpire au-delà du monde agricole : dans la distribution de produits finis, dans la chaîne de valeur alimentaire, avec un ancrage territorial solide et une dimension économique internationale, développe Hugues Dumas. Cette solidité donne accès à de nouveaux marchés et donc à de nouveaux profils. »
Faire appel à d’autres secteurs d’activité pour recruter à des postes de directeurs, oui, mais tout en gardant les codes agricoles : capacité d’écoute, capacité à se valoriser en fonction des valeurs que l’on apprécie. « Dans le monde agricole, il y a un relationnel humain qui permet, quelle que soit sa position, de se valoriser par rapport à ses valeurs et aux émotions que l’on peut exprimer », complète Hugues Dumas.
L’heure est donc à l’ouverture : « ouvrir ses chakras », comme l’illustre Fabien Vallaud, qui accompagne les entreprises dans ce sens. « Pour recruter le directeur général d’une filiale négoce d’un groupe coopératif, nous présenterons quelqu’un qui a été chef d’entreprise d’une TPE ou d’une PME, ou encore un manager de la grande distribution, qui sait ce qu’est un cadre de gestion et comment augmenter des marges à chiffre d’affaires constant », indique-t-il.
3 Une évolution du style managérial
Les managers ont compris l’importance de prendre soin de leurs équipes, notamment pour les négoces : « Ils ont fait évoluer positivement leur management », reconnaît Hugues Dumas. Dans les coopératives, les managers intermédiaires se sont améliorés, car ce n’est plus le meilleur vendeur qui est forcément le meilleur manager. « Le management est un réel métier », rappelle-t-il.
4 La stratégie de la marque employeur
La marque employeur a une valeur de plus en plus importante : « Un très bon travail a été fait par la plupart des acteurs économiques de la distribution agricole pour se valoriser auprès des potentiels candidats », constate Hugues Dumas. Les canaux d’information ont évolué. Citons dans certaines structures la mise en place de sponsoring d’une équipe sportive, qui permet de parler de l’entreprise plutôt que de la marque des produits commercialisés.
Les responsables RH des coopératives et des négoces ont compris l’importance de vendre leur société en entretien et de ne plus uniquement évaluer leurs candidats : « Il faut accrocher les candidats à un projet, explique Hugues Dumas. Les candidats ont des questions, ils ont parfois un jugement avant même d’avoir compris le contenu du projet. Il faut enlever les fausses croyances. »
